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“Rien n’empêche” le 2e Étranger de génie !

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| 15 Mars 2024 | 1090 vues

 

De Sidi Bel Abbès à Foum Zabel ou au Gahéré Guéni, le légionnaire a toujours eu une âme de bâtisseur parce que, d’une certaine façon, son cœur est déraciné. Il trace des routes, s’installe et reconstruit ici, les lieux qui ont été abandonnés ou les liens rompus là-bas. Le génie de la Légion incarne tout particulièrement, et pleinement, cet esprit propre au “légionnaire bâtisseur”.

Cette année, avec leurs frères d’armes qui ont libéré la France en 1944 ou combattu en Extrême-Orient ainsi qu’à Dien Bien Phu, les deux régiments de génie Légion sont mis à l’honneur. En effet, le 1er Régiment étranger de génie fête ses 40 ans et le
2e Régiment étranger de génie, ses 25 ans. Symboliquement, ils célébreront ensemble la Sainte Barbe, au mois de décembre.

Dernier né des régiments de Légion étrangère, le 2e Régiment étranger de génie (2e REG) a conservé, de ses illustres Anciens, le goût de l’aménagement et des constructions. Il arrive en 1999, à Saint-Christol, dans une caserne en piteux état. Les légionnaires réalisent alors le tour de force de transformer ces tristes locaux en un quartier somptueux prenant le nom de “maréchal Kœnig”. Les légionnaires font sortir de terre une magnifique place d’armes, un couloir mémoriel et un monument aux morts, pour honorer les héros d’hier et d’aujourd’hui. Une salle d’honneur est également aménagée pour mettre en valeur les exploits passés et présents du régiment.

Malgré sa jeunesse, le 2e REG a eu son content de gloire et d’aventures. Il a été déployé sur tous les théâtres d’opérations extérieures de ces dernières années. Des Balkans au Sahel, en passant par le Liban et, bien sûr, l’Afghanistan, ce régiment a inscrit ses pas avec humilité et détermination dans les traces de ses Anciens.

Il y est parvenu grâce à ses cadres et légionnaires qui manient la pelle et le fusil avec ardeur et détermination. Dans les vallées d’Afghanistan ou dans les déserts sahéliens, les sapeurs ouvrent, tracent la route et combattent aux côtés de leurs frères d’armes fantassins, cavaliers ou commandos. Une fois la piste ouverte et la zone saisie, ils ne s’arrêtent pas quand les autres se reposent. Ils doivent encore construire une base ou un poste opérationnel avancé pour se protéger des coups de l’ennemi et disposer d’une base d’assaut pour aller le frapper plus loin encore. C’est lors d’une mission de reconnaissance de la construction d'un de ces points d'appui que le chef de bataillon Dupin a trouvé la mort le 17 décembre 2010 à l’entrée de la vallée d’Alasay en Afghanistan. Son nom, dernier de la longue liste des officiers de Légion morts pour la France et qui figure dans la crypte du musée de la Légion à Aubagne, a été donné à la promotion de l’École militaire interarmes (EMIA) ; il est également mis à l’honneur dans le couloir mémoriel du 2e REG, où son portrait fait face à ses Anciens d’Indochine morts au combat.

Les sapeurs sont aussi déployés sur les pistes boueuses et dans la Selva en Guyane. Là aussi, ils montent à l’assaut, le fusil à la main pour traquer le garimpeiro et lutter contre l’orpaillage illégal. Ils doivent parfois tirer profit des unités spécialisées comme les plongeurs qui s’infiltrent à travers la jungle via les criques. Ce théâtre oblige à la mise en œuvre de la fouille opérationnelle, sollicite les savoir-faire des sapeurs, afin de rechercher les ressources dissimulées par les orpailleurs illégaux. Une fois ces missions remplies, les légionnaires remettent leur arme dans le dos, détruisent le matériel saisi et retroussent leurs manches pour rénover les pistes et les carbets du CEFE, illustrant la devise du génie : “Parfois détruire, souvent construire, toujours servir”.

Les légionnaires du 2e REG sont des légionnaires sapeurs de montagne, issus d’une fine alchimie : combattants parce que légionnaires ; bâtisseurs parce que sapeurs ; rompus aux milieux extrêmes parce que montagnards. La meilleure illustration de cette vocation de bâtisseur est le chantier de réfection du camp des Rochilles, au-dessus de Valloire, à plus de 2 000 m d’altitude. Sur un terrain où tout devient plus dur, où seules la plus grande rigueur et l’excellence ont leur place, les légionnaires ont montré toute l’étendue de leur savoir-faire. À la pointe de l’innovation, le 2e REG ne compte pas en rester là et prévoit la mise sur pied d’un groupe de pionniers spécialisé dans les infrastructures de préparation opérationnelle en montagne. 

Les sapeurs sont aussi des bâtisseurs de solidarité. Ils l’ont prouvé au travers des nombreux travaux au profit de la Légion et de ses Anciens comme le columbarium du Coudoulet, ou encore le chai, l’hémicycle et le musée à Puyloubier. La solidarité s’applique aussi au profit de la population française comme lors de la tempête Xynthia en 2010 ou en opérations (Baliste en 2006 et Amitié en 2010 au Liban). C’est enfin en mission de courte durée que cette solidarité se manifeste, hier comme aujourd’hui, dans la Corne de l’Afrique, à Djibouti, Obock ou Tadjoura. Et le temps n’arrive pas à user leurs solides ouvrages…

Mais le sapeur du 2e REG n’a pas l’apanage de cet esprit bâtisseur. Il coule dans les veines de chaque légionnaire et, comme le dit le chant, “on nous donne des vieux bâtiments, on les retape et on fout le camp”.

Enfin, il est impossible de terminer cet éditorial sans évoquer celui qui a bâti sa carrière par l’effort : le général Tresti s’est éteint le 15 février 2024. Il était un “concentré d’honneur et de fidélité”, selon les mots employés, en avril 2021, pour le décrire. La Légion lui a rendu un bel hommage, au quartier Vienot, en présence du général Guignon, des anciens COMLE, des Anciens, des délégations de la maison mère et des régiments, au cours d’une cérémonie solennelle, sobre et émouvante. Pour tous, le général Vittorio Tresti, de ses débuts avec des fourreaux de légionnaire puis de sous-officier sur les épaules en Algérie, d’officier à Diego Suarez ou Kourou, à la fin de sa carrière avec des étoiles de général de brigade, incarne la loyauté, la persévérance, la force de caractère, la promotion au mérite et l’illustration “qu’à la Légion, tout est possible”.

 

Le général commandant

la Légion étrangère