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Le Code d’honneur a 40 ans

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| 15 Février 2024 | 2576 vues

Une voix à la sonorité grave et parfois étrangère donne un ordre sec. Quarante soldats, rangés dans des colonnes parfaitement alignées, se figent au “garde-à-vous”. Leur posture est excessivement droite, presque tendue. Elle révèle le caractère juvénile quoique déterminé de cette troupe. Tous ces hommes se tiennent dans leur uniforme impeccable. D’un seul mouvement, ils coiffent eux-mêmes leur képi blanc. L’un d’eux prend ensuite la parole pour jurer de servir la France avec honneur et fidélité. Enfin, aussitôt suivi de ses camarades, ils récitent d’une seule voix, un à un les articles du Code d’honneur du légionnaire.Cette scène est devenue presque mythique.

Coiffer son képi blanc devant l’autorité qui lui en a donné l’ordre, prêter serment et réciter le Code d’honneur est un cérémonial simple et clair, comme il sied à la Légion. Pour autant, la symbolique est forte. Désormais, le Code d’honneur régulera toute la vie du légionnaire.

Pour qu’il y ait un code, il faut un groupe de personnes qui décide de se donner des règles de conduite fortes et singulières. S’ils reposent sur l’honneur, ces principes sont d’autant plus puissants qu’ils sont vécus collectivement. Ainsi, chacun des articles de ce code commun pèse sur le quotidien de tous, dans ce qu’il exige comme dans ce qu’il envisage. C’est, en définitive, un serment donné sur un état de vie qui doit servir à remplir la mission fixée dans la lettre et dans l’esprit.

Historiquement, c’était bien l’objectif du général Coullon qui, dans les années 80, a façonné l’organisation du commandement de la Légion étrangère actuelle. Il a fait rédiger le Code d'honneur du légionnaire, comme un véritable guide du comportement. La diversité des origines rend nécessaire l’établissement de cette référence morale. La Légion a donc donné une règle de vie à ses légionnaires à travers sept articles qui, tout à la fois, prescrivent des comportements quotidiens et portent l’ambition de l’excellence.

Ces articles détaillent, de façon organisée et extrêmement cohérente, la nature du comportement envers ses frères d’armes pairs et chefs –, la solidarité avec les blessés et les Anciens, le sens donné à la mission et son caractère sacré, sans exclure le sacrifice ultime. On y évoque aussi l’élégance de la tenue et l’incarnation concrète du service de la France.

De fait, les conditions de l’efficacité opérationnelle sont décrites en insistant sur le difficile héroïsme du quotidien. Rien n’est donc anodin. Il n’y a pas de petite mission dans la préparation opérationnelle car tout concourt à la réussite de l’engagement. Les tâches les plus ingrates du quartier et tous les actes du quotidien, contribuent à la capacité collective à partir en opération. C’est cette approche qui, uniquement, permet réellement d’être “opérationnel dès la sortie du quartier”, et en son sein même, d’ailleurs.

Moteur d’une exigence opérationnelle assumée, qui a des retentissements sur la vie de chaque légionnaire, le Code d’honneur fixe le cap, explique comment se montrer capable de le suivre et offre les moyens de tenir dans la difficulté. L’écrivain et pionnier de l’aéropostale Antoine de Saint-Exupéry livre une réflexion de fond des plus éclairantes, inspirée de l’expérience de son camarade Guillaumet, survivant du crash de son avion dans la Cordillère des Andes. Le pilote a marcher dans des conditions épouvantables pour rallier la civilisation : “ce que j’ai fait, je le jure, aucune bête au monde n’aurait pu le faire”. Il explique pourquoi et comment il y est parvenu, évoquant l’entêtement de l’aviateur malheureux lors de sa terrible épreuve : “si ma femme croit que je vis, elle croit que je marche, mes camarades croient que je marche, et moi, je suis un salaud si je ne marche pas”. La fidélité au Code d’honneur exige une lutte au quotidien. Cette lutte est rendue moins âpre lorsque nous luttons à plusieurs, sous le regard des autres : “ensemble, nous sommes plus forts”.

Le Code d’honneur doit continuer à servir de référence permanente après l’instruction. Il faut s’y référer au sein des unités, à des moments forts, autrement que pour faire des remontrances. Je souhaite que tous se rappellent l’importance et l’impact que doit avoir le Code d’honneur du légionnaire dans notre quotidien.

 

Le général commandant

la Légion étrangère