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Le premier moniteur guide militaire de haute montagne

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| 31 Janvier 2024 | 2317 vues

L’adjudant Michaël Petitdidier, adjoint de la cellule sécurité montagne du 2e Régiment étranger de génie, devient le premier sous-officier moniteur guide militaire de haute montagne, issu du régiment. Cette qualification est la plus haute. Discret et humble, sa prouesse aurait pu passer inaperçue, sans l’intervention de ses amis montagnards.

 

Descente en skis de l’adjudant Michaël Petitdidier sur une pente à 50º .

 

Tenaces et acharnés, ils réussissent finalement à le convaincre de partager son exploit avec la cellule rédaction de Képi blanc. Il revient sur quatre des moments les plus marquants de sa longue préparation pour les tests de guide militaire.

Un rêve qui devient réalité

J’ai toujours rêvé de ces grandes aventures que sont le pilier sud de la Barre des Écrins ou cette face sud de la Meije que j’avais si souvent contemplés. Je voyais ces montagnes d’en bas, et j’ai toujours pensé que c’était impossible de les gravir. Mais à force d’entraînements acharnés, je sens que je m’approche du but. Aujourd’hui, ça y est : je réussis à les gravir ! Mais cet effort nous rappelle que nous sommes humains avant tout et que la fatigue finit par se faire ressentir.

L’aiguille verte mortelle

La liste de courses est longue pour pouvoir accéder à la formation de moniteur guide militaire. Mais elle permet de réaliser des courses aussi magnifiques que difficiles. Gravir la face nord de l’aiguille verte par la voie des Washburns puis redescendre par l’impressionnant couloir Whymper en skis, depuis le sommet, est une étape indescriptible dans la vie d’un alpiniste où l’engagement y est maximal. Lors de la descente d’une pente de 50°, il n’y a aucun droit à l’erreur, la limite entre la vie et la mort se résume aux quelques millimètres d’acier ancrés dans la neige à chaque virage. Puis, une fois terminée, le sentiment d’accomplissement vous envahit de joie. Et, comme souvent en montagne, de nouveaux projets toujours plus ambitieux font surface. Ce qui paraissait impossible est maintenant à portée de main.

L’imprévisible arête des trois dents

Il faut être bon partout pour pouvoir tout anticiper dans ce milieu si exigeant. L’arête des trois dents du Pelvoux fut une aventure unique et riche en émotions. On pensait être sortis d’affaires et que la prochaine étape serait de boire une bonne bière au refuge. On retire le matériel en bas du couloir, on pose les sacs, on boit un coup en contemplant le paysage. Soudain, un bruit sourd se fait entendre ! On se retourne : un rocher de la taille d’un micro-onde dévale la pente et passe entre nous deux. Il s’en est fallu de peu, ce jour-là. Demain, nous n’irons pas en montagne, nous nous contenterons de redescendre dans la vallée, prenant cet avertissement de la montagne au sérieux.

Islande la capricieuse

Le partage en montagne est plus qu’essentiel pour que l’aventure soit complète. Et c’est d’autant plus vrai, lors des expéditions en milieu grand froid. Ainsi, en Islande, nous étions équipés de pulkas, traîneaux tractés à la force de nos bras, permettant de transporter et déplacer nos vivres, tentes et tout matériel nécessaire pour notre survie en montagne. Faits normalement pour être traînés sur la neige, nous avons dû les tracter sur l’herbe et la boue, où la glisse est beaucoup moins naturelle, ce qui intensifie considérablement notre effort. Mais cela en valait vraiment la peine, et après cet effort d’une rare intensité, j’ai partagé la meilleure des soirées avec mes compagnons de voyage. Les expéditions sont bien plus qu’un voyage. Elles sont, tout simplement, une pause dans le temps pour se consacrer à soi. L’Islande, où nous avons passé dix jours ensemble, est le terrain de jeu idéal.