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Célébration des 70 ans du patronage de Saint Michel pour les parachutistes

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| 28 Septembre 2018 | 3187 vues

Le 13 juin 1948, dans la cathédrale d’Hanoï, l’archange Saint Michel, figure protectrice et guerrier légendaire venu du ciel pour terrasser le démon, devint le patron des parachutistes. La 11 Brigade parachutiste célèbrera cette année, à Paris, les 70 ans de ce patronage. L’AALP et un détachement du 2REP participeront aux cérémonies.

 

Saint Michel 2018

Le général d’armée Jean-Pierre BOSSER, chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), présidera la cérémonie des 70 ans de ce patronage, le 29 septembre à 11h, sur le Champ de Mars à Paris.

Toutes les unités de la 11e brigade parachutiste seront représentées aux côtés de délégations d’unités parachutistes étrangères avec lesquelles la brigade entretient des liens (16th Air Assault Brigade (GB),173rd Airborne Brigade Combat Team (US), 82nd Airborne Division (US), Luftlandebrigade (GE), etBrigada Paracaidista « Almogavares » VI (BRIPAC) (ESP).

 La cérémonie se déroulera de 11h à 12h :

  • 11h : mise en place des troupes sur le Champ de Mars ;
  • 11h30 : présentation des troupes au CEMAT, suivie des honneurs au drapeau, de la revue des troupes, de remises de décorations, de la lecture de l’ordre du jour et de la lecture de la prière des parachutistes.

La cérémonie sera clôturée par une démonstration de sauts en parachute, réalisée par une équipe de commandos parachutistes puis de chuteurs sportifs. Ces sauts auront lieu entre 12h et 12h30 sur l’esplanade du Champ de Mars.

A la suite de la cérémonie, vous pourrez découvrir l’exposition sur les parachutistes « L’esprit Para » dans les douves des Invalides. 

 

La Légion parachutiste

Le parachutisme, inventé par Léonard de Vinci, expérimenté en 1797, trouve sa première application militaire au cours de la 1re Guerre mondiale à bord de ballons d'observation puis d'avions. Développé intensivement en Russie dès 1920, l'Armée rouge présente lors de ses grandes manœuvres de 1934 les premiers largages de bataillons constitués. Les Allemands puis les Alliés reprirent ce concept tout au long de la 2de guerre mondiale. En France, c'est l'armée de l'Air qui fut précurseur et créa les 601e et 602e groupes d'infanterie de l'Air, qui devinrent en 1943 le 1er RCP. Une cinquantaine d'unités (dont une quarantaine de l'armée de Terre) furent crées depuis, une vingtaine sont encore en service de nos jours (dont la moitié dans l’armée de terre).

C'est la guerre d'Indochine, débutant en 1946, qui incita l'armée française à développer ses unités parachutistes. Il fallait projeter vite, loin et dans des zones peu accessibles des troupes de choc pour frapper l'ennemi. Elle se tourna naturellement vers ses unités professionnelles les plus solides, dont la Légion étrangère. Ainsi l'évoque le général Guignon : « Voici 70 ans naissait à l’autre bout du monde une nouvelle confrérie de guerriers : les parachutistes de la Légion. De la vieille Légion, ils avaient recueilli les traditions de rigueur, de solidité, de discipline, de dévouement ; des parachutistes, ils avaient la jeunesse et le goût de l’insolite. Ils formèrent vite une troupe unique en son genre : les bataillons étrangers de parachutistes. » Leur efficacité et leur extrême force morale de légionnaires balayèrent rapidement les soupçons de cette vieille Légion qui voyait leur création d'un mauvais œil...

Le 1er avril 1948 est donc créée la compagnie parachutiste du 3e REI, unité "pilote" confiée au LTN Morin qui rejoindra le 1er BEP en 1949. Les 1er et 2e BEP naissent respectivement les 1er juillet et 1er octobre 1948, constitués à partir de compagnies de volontaires venant des 1er REI, 2e REI, 4e REI ou encore de la 13e DBLE. Le 3e BEP qui forme les légionnaires des deux bataillons opérationnels voit le jour en novembre 1949. Avec leur création, une nouvelle coiffe est adoptée : le béret vert

Immédiatement engagés en Indochine, les BEP démontrent leur valeur au combat...et leur sens du sacrifice. En 1950, le 1er BEP est anéanti à Coc Xa lors du repli de la RC4, perdant son chef de corps, le CBA Segrétain et près de 500 hommes. Reconstitué, il continue à se couvrir de gloire comme le 2e BEP qui perd à son tour son chef de corps le CES Raffalli en 1952. Aux victoires de Ba Cum, Bac-Kan, Nghia Lo ou Na San succède le piège de Diên-Biên-Phu. Les deux bataillons, qui finissent par fusionner, se battent et meurent jusqu'au dernier jour, comme à Camerone.

Reformés à partir du 3e BEP, les bataillons rentrent en Algérie en 1955 où la guerre commence et adoptent une structure régimentaire. Le 3e REP est dissous en 1956. Cette année-là, le 1er REP installé à Zéralda participe à l'opération de Suez. Dès 1957, il devient régiment d'intervention générale et s'illustre partout où il est engagé, devenant la figure de proue des unités d'Algérie. En 1958, en 3 mois d'opération dans la région de Guelma, le régiment perd 111 légionnaires et son chef, le LCL Jeanpierre. En 1961, le 1er REP aux ordres du CBA Denoix de Saint-Marc participe au putsch des généraux, ce qui lui vaut d'être dissout. Il a perdu 751 morts en 13 ans d'existence.

Le 2e REP, stationné à Philippeville, est également un élément de réserve opérationnelle. En moins de 7 ans,  sillonnant l’Algérie, il enchaînera les succès, éliminant près de 4 000 fellaghas et récupérant autant d'armes au combat. En 1962, restant la seule unité parachutiste de la Légion, il séjourne à Bou Sfer. Pendant cette période, le COL Caillaud développe la spécialisation des compagnies qui perdurent aujourd'hui.  En 1967, avec les dernières unités de Légion stationnées au Sahara, il rejoint la métropole et s'installe à Calvi.

Le cycle des opérations reprendra rapidement. Depuis 1968, les légionnaires-parachutistes sont intervenus partout où la France eut besoin d'eux, de leur sang-froid, de leur discipline au feu, de leur courage et de leur professionnalisme. Du Tchad au Liban, de Djibouti au Zaïre, du Rwanda à l'Ex-Yougoslavie, du Congo au Centrafrique, de la Côte d'Ivoire à l'Afghanistan, du Mali au théâtre national actuel.

16 citations sont le témoignage de leur excellence : en Indochine, la croix de guerre des TOE à l'ordre de l'armée sera attribuée 5 fois au 1er BEP et 6 fois au 2e BEP, qui a depuis comme régiment glané 5 autres citations dont 4 à l'ordre de l'armée avec attribution de la croix de la Valeur militaire pour ses actions à Loyada et Kolwezi, en Afghanistan et au Mali.

La liste de tous ceux qui combattirent et souvent moururent est trop longue pour les citer tous…des LCL Arnaud de Foïard et Cabiro aux ADJ Tasnady, Zygmanski ou Vormezeele, des CBA Faulques ou Verguet aux CCH Penon, Schaffer ou Ruiz, des LTN Bergot, Gastaud ou Resner aux CPX Popescu et Lorenzi, des CNE Hamacek, Bourgin et Martin aux LEG de 1CL Kruger et Milosevic, des COL Erulin et Lacaze au Adc Frouart ou Wallisch, des SCH Van Cassel et Neumann aux LEG Clément ou Schneider…

Le 2 octobre 2011 fut inauguré un Mémorial en hommage aux légionnaires-parachutistes morts pour la France. Sur les 2 000 hommes perdus depuis 1948 ont été gravés près de 1 320 patronymes de ceux tombés directement au feu, ainsi que 50 morts en service aérien commandé. Une plaque a été également dévoilée en souvenir des 1 000 indochinois des compagnies indochinoises parachutistes de la Légion Etrangère tués au combat.

 

Le choix de Saint Michel  comme saint patron des parachutistes

Avant que saint Michel devienne le patron officiel des parachutistes, un saint breton, saint Tugdual, fut proposé. Saint Tugdual, qui fut le premier évêque de la ville de Tréguier, s'était absenté pour plaider sa cause à Rome pour le bien de son diocèse ; mais durant son absence les malheurs fondirent sur son évêché ; les habitants de Tréguier, attribuant leurs épreuves a leur inconduite envers le saint évêque, lui demandèrent de revenir au plus tôt. Alors, une nuit, un ange apparut à saint Tugdual et lui donna un cheval ailé pour son retour. Le lendemain matin le cheval le déposa sur une hauteur proche de Tréguier et disparut dans les airs.

Peut-être que certains trouvèrent cet épisode trop légendaire, pour retenir saint Tugdual comme saint Patron… Quoiqu’il en soit il a été écarté au même titre que saint Colomban, saint Pépin ou saint Pabu qui furent aussi proposés.

Saint Tugdual écarté, il fallait trouver un autre protecteur ; l'honneur revint à saint Michel, qui avait fait ses preuves à la tête des armées célestes. Le premier témoignage en faveur de ce saint archange protecteur remonterait à l'année 1944 où des parachutistes du SAS (spécial air service) qui sautèrent en Normandie, portaient une médaille avec d'un côté sainte Jeanne d'Arc et de l'autre saint Michel.

Mais ce n'est qu'en 1947, que les aumôniers militaires se penchèrent résolument sur le problème. Les parachutistes se sentaient un peu laissés pour compte : seuls, au sein des armées, à ne pas avoir de saint Patron. C’est à l’occasion d’opérations militaires en Indochine que le projet arriva à terme.

A l’occasion d’une messe, célébrée pour le départ d’un bataillon pour l'Extrême Orient, saint Michel fut largement invoqué. Les aumôniers se mirent au travail pour constituer un dossier exposant les fondements historiques et liturgiques de ce choix.

Saint Michel signifiant « Qui est comme Dieu » est un des 7 archanges majeurs. Chef de la milice céleste des anges du Bien, il est principalement représenté au moment de la fin des temps en chevalier ailé qui terrasse le Diable durant la guerre des anges. Il est également le saint patron du catholicisme, de la France, de l’Allemagne et de la Belgique.

Les témoignages dans la sainte Ecriture, la place de saint Michel dans la liturgie et les nombreux sanctuaires dédiés à saint Michel (Mont saint Michel, Mont Gargan) prouvent que cet archange est le patron idéal pour les parachutistes :

  • il est invoqué dans la liturgie comme notre protecteur dans les combats : "saint Michel Archange, défendez-nous dans les combats !", chantons-nous au graduel de sa messe.
  • il est le soldat de Dieu : saint Michel est surtout connu pour son combat victorieux contre Satan et les anges rebelles comme le raconte le livre de l’Apocalypse. Mais dans d’autres livres sacrés, il est fait aussi allusion à saint Michel Archange : dans le livre de Daniel, l’épître de saint Jude, où saint Michel joue le rôle de protecteur auprès du peuple hébreux.
  • il vient du ciel. La sainte Bible parle d’un grand silence qui se fit dans le ciel : cela rappel ce grand silence que les paras éprouvent lorsque sautant, ils se trouvent dans les airs entre le bruit assourdissant des moteurs de l’avion et le fracas des batailles.

Un guerrier venant du Ciel, qu'y a-t-il de mieux comme saint Patron pour les parachutistes ?  Le travail de recherche fut surtout mené par le Père François Casta,  aumônier militaire qui s'est déjà illustré durant la Seconde Guerre mondiale (devient en 1947 l'aumônier du 1er bataillon de choc alors engagé au Tonkin puis des 1er RCP et 1erBEP). Le dossier fut accepté et, le 13 juin 1948 à la cathédrale d'Hanoï, sous la présidence de Monseigneur l'évêque vicaire apostolique de Hanoï et en présence du Colonel commandant les parachutistes du Tonkin, eu lieu la première cérémonie officielle où l'Archange saint Michel fut célébré comme le patron des parachutistes.

La guerre d'Indochine rendait urgent ce besoin d'un saint Patron pour les parachutistes.

 

La première médaille officielle de saint Michel

 

A cette occasion une médaille en argent massif fut frappée sous la direction du Père Casta. Cette médaille religieuse, de forme rectangulaire, représentait saint Michel avec les ailes déployées terrassant le démon et en arrière plan, trois parachutes ouverts.

La fabrication de ces médailles put être payée grâce au trésor d'Hô Chi Minh pris sur l'ennemi lors de l’opération Léa à Bac Kan, menée par les parachutistes. Pour la réaliser, le Père Casta s'est inspiré d'un tableau de Michel Ange. La réalisation de la maquette est due à un maitre-laqueur , Professeur à Hanoï.