Il y a 100 ans, le 11 novembre 1918, le canon se taisait enfin.

Allocution du général Mistral, COMLE, à l'occasion de la veillée de commémoration du centenaire de l’armistice, le 10 novembre 2018 à la Maison Mère de la Légion étrangère (Aubagne).

 

Il y a 100 ans, le 11 novembre 1918, le canon se taisait enfin.

Il y a 100 ans, ce 11 novembre 1918, le rideau descendait sur une des guerres les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité. Durant quatre longues années, la Première Guerre Mondiale a bouleversé les mentalités, modifié la géopolitique de l’Europe et entrainé dans un sillage de mort et de souffrances plusieurs dizaines de millions de personnes, dont les forces vives de notre pays engagées pour la défense de la Patrie et de son sol.

Quelques années après la Guerre, le secrétaire perpétuel de l’Académie Française, écrivait ces mots dans la préface du livre « Ma vieille Légion », du commandant Poirmeur :

« Au nom de tous ceux qui ont vu les volontaires étrangers à l’œuvre, qui les connaissent et qui les aiment, je salue la vieille Légion, rajeunie par la Grande Guerre, auréolée par le sacrifice et consacrée par la Victoire. » 

Oui, il y eu ces volontaires étrangers, répondant à « l’appel aux amis de la France », affluant par milliers pour mettre leur vie au service d’un pays devenu leur seconde patrie et qu’ils avaient appris à aimer au point de vouloir prendre les armes pour le défendre. Dans l’élan magnifique des « étrangers patriotes », ils furent, entre 1914 et 1918, près de 43 000 issus de 52 pays différents, à rejoindre les champs de bataille de la Grande Guerre, sous le fanion de la Légion étrangère.

Ainsi, sur le front occidental, en Artois, en Champagne, de la crête détrempée de Vimy aux boues de la Somme, de l’enfer du Chemin des Dames à la percée de la ligne Hindenburg, les légionnaires écrirent en lettre de sang ce chapitre héroïque de leur histoire. Mais plus loin aussi, au Tonkin, au Maroc, dans les Dardanelles et même en Russie, ces étrangers au service de la France feront la preuve de leur esprit de sacrifice, payant de leur vie leur amour indéfectible de leur pays d’adoption et leur révolte de le voir assailli.

A leur tête étaient placés des chefs emblématiques, aux premiers rangs desquels furent Cot, Duriez, Rollet ou encore Maire. Et derrière eux, avec eux,  autour d’eux, les hommes « sans nom », célèbres ou inconnus, ont formé cette cohorte courageuse, qui avait, comme le chantait le légionnaire poète Alan Seeger, « un rendez-vous avec la mort » mais que cela n’arrêtait pas.

Le Régiment de Marche de la Légion étrangère perdit plus de 5000 hommes tués à l’ennemi, 30 000 légionnaires furent blessés ou disparurent.

Honorons aujourd’hui leur mémoire, en toute reconnaissance, en toute fierté, en toute humilité.

Reconnaissance, de nous avoir donné la victoire militaire en ce 11 novembre 1918, d’avoir libéré notre sol dans cet effort absolu à la fois collectif et anonyme dont l’écho, un siècle après, résonne comme un long coup de tonnerre dans notre civilisation.  Sachons, cent ans après et tandis que leur souvenir se fait plus lointain, leur dire encore et à jamais « merci » pour l’héritage qu’ils ont légué à leurs fils, le plus souvent dans le souffle intime et terrible des adieux à cette vie.

Fierté, devant l’ampleur de la tâche qu’ils accomplirent, devant les dangers qu’ils affrontèrent, devant les qualités qu’ils surent développer pour survivre et l’abnégation qui fut la leur. Soyons fiers de leur courage car c’est à la lumière de leurs vertus que nous, soldats, nous avançons.  

Humilité enfin, pour puiser dans l’immensité de leur geste, la force d’accomplir, s’il le faut, le jour venu, le même sacrifice, pour la Légion étrangère, pour la France.  

Général Denis Mistral
Commandant la Légion étrangère

 

| Ref : 644 | Date : 10-11-2018 | 836