Honneur et fidélité

" Là où est l'honneur, là où est la fidélité, là seulement est la patrie." Une citation taillée pour la Légion.

Les drapeaux étendards des régiments de la Légion étrangère portent dans leurs plis l'inscription " Honneur et fidélité ", alors que sur les emblèmes des autres régiments de l'armée de Terre figurent les termes "Honneur et patrie".

Cette différence n'est bien sûr pas fortuite. Elle peut susciter des interrogations : en quoi ce particularisme est-il vraiment justifié ? N'y-a-t-il pas un risque de voir nos légionnaires assimilés à des mercenaires puisqu'ils sont "sans patrie" ?...

Une explication s'impose donc. Le légionnaire en rejoignant nos rangs conserve sa nationalité et sa patrie d'origine ; on ne lui demande pas de les renier. D'ailleurs, on ne lui impose jamais de combattre ses compatriotes : ainsi en a-t-il été lors de la Grande Guerre lorsqu'il a été proposé aux légionnaires allemands de servir au Maroc pour ne pas avoir à se retrouver face à d'autres Allemands, dans les tranchées.

La France, pour laquelle il arrive au légionnaire d'avoir à se battre et, le cas échéant,à verser son sang, ne devient donc pas sa patrie, sauf s'il en fait le choix. En revanche, et puisque ce n'est pas par patriotisme, s'il accepte de servir la France, c'est par fidélité qu'il le fait. Et c'est très naturellement cette valeur qu'on lui demande de respecter.

De quoi est faite cette fidélité ? Elle revêt en fait plusieurs aspects, et on pourrait presque mettre le mot au pluriel…Il y a la fidélité très simple liée à la parole donnée et à la signature apposée sur l'acte d'engagement. Elle s'apparente au respect des termes d'un accord passé entre un homme et une institution. Avec la Légion, le légionnaire a conclu un "deal" dont il entend respecter sa part : en échange de la protection et de la seconde chance offertes, il met dans la balance son cœur, sa détermination, son dévouement et son courage.

Il y a la fidélité due à son chef et à ses camarades qui bien souvent matérialisent l'horizon unique de l'homme déraciné qui rejoint nos rangs. Il s'agit fondamentalement pour lui de ne pas trahir la confiance du groupe, en se souvenant, avec Vladimir Jankelevitch, que " la confiance n'est pas la conséquence a posteriori de la fidélité, mais au contraire sa condition." Car c'est cette confiance qui fait que la fidélité et la loyauté ne sont pas précaires. On peut aussi évoquer la fidélité à l'image que le légionnaire se fait de lui-même, celle qu'il s'impose par dignité, par orgueil, ou même par panache.

C'est la vertu consistant pour lui à demeurer sincère dans sa démarche et fidèle à ses idées, pour continuer à les faire vivre. Avec la volonté de prolonger le courage initial de son engagement dans une autre forme de courage inscrite dans la constance et la persévérance, matérialisée dans l'action. Il y a enfin la fidélité aux valeurs d'humanisme, de liberté et de civilisation de la France, que beaucoup d'étrangers, venus servir dans nos rangs, se sont appropriés. Les volontaires des deux guerres mondiales sont là pour nous le rappeler, tout comme ceux qui décident de s'installer sur notre terreau terme de leur engagement. Toutes ces fidélités sont de puissants vecteurs de cohésion qui fondent l'esprit de corps de la Légion étrangère. Elles sont intimement liées au sens de l'honneur et au sentiment du devoir.

Mises bout à bout, elles peuvent constituer une nouvelle forme de patriotisme aux contours moins " classiques ", aux racines peut-être moins charnelles ; sa réalité, sa profondeur, sa force n'en sont pas moins palpables ; 35 000 légionnaires morts pour la France sont là pour en porter témoignage. C'est dans ce sens que notre devise Legio Patria Nostra prend toute sa signification : toute comme la notion de patrie, elle sous-entend, selon la formule d'Ernest Renan, un " vouloir vivre ensemble " fortement ancré dans la tradition légionnaire. Alors cultivons cette valeur de fidélité.

Elle n'est finalement pas si distincte de celle de patrie,comme nous le rappelle la belle devise de Louis d'Estouteville pendant la guerre de cent ans : " Là où est l'honneur, là où est la fidélité, là seulement est la patrie. "

Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 716

| Ref : 51 | Date : 02-12-2009 | 26264