Un régiment de légionnaires cavaliers en 2018

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| 25 Janvier 2018 | 4713 vues

Le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT) a invité une trentaine de sénateurs de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, à venir découvrir l’armée de Terre, à Carpiagne, garnison du 1er régiment étranger de cavalerie (1REC), le 25 janvier 2018. Le colonel Baudet Olivier, chef de corps du « royal étranger » a présenté son régiment.

 

un régiment au cœur de l’armée de Terre « Au contact »

 

L’objectif de cette journée était de faire découvrir l’armée de Terre aux membres de la commission, de façon concrète et pratique en apportant des éléments de compréhension sur ce qu’elle est et les principaux défis qui l’attendent. Le CEMAT a souhaité débuter cette journée par la présentation d’un régiment au cœur de l’armée de Terre « Au contact ». Le régiment est en effet la première cellule de base cohérente de l’armée de Terre. C’est le 1er régiment étranger de cavalerie (1REC), qui termine sa préparation opérationnelle avant projection, qui a été chargé de cette présentation. Pour la suite de la journée, le régiment a participé à une démonstration dynamique, puis statique, devant apporter un éclairage particulier sur la notion de groupement tactique interarmes (GTIA).

Dans ce contexte, le colonel Baudet Olivier a pris la parole en introduction de la journée, pour planter la fiche signalétique d’un régiment de cavalerie-légion en 2018. Il est le chef de corps du 1er REC depuis l’été 2017. Saint-Cyrien, il a passé la moitié de sa carrière dans la légion étrangère et l’autre moitié principalement dans des affectations parisiennes, au sein des états-majors centraux.

 

 

Qu’est-ce qu’un régiment ?

 

« Qu’est-ce qu’un régiment ? C’est la cellule de base de l’armée de terre, son niveau de cohérence. A ce titre, comme chaque chef de corps,  je suis désigné par le Président de la République. La formule consacrée de cette prise de commandement, ordonne à tout le personnel placé sous mes ordres de m’obéir pour le bien du service, l’exécution des règlements militaires, l’observation des lois et le succès des armes de la France.

 Le REC, aussi appelé « Royal étranger », appartient à une « arme » au sein de laquelle se trouve plusieurs spécialités : vous êtes ici dans un régiment de la cavalerie (combat blindé) qui a la spécialité d’être de la légion étrangère et c’est le seul dans ce cas : cavalier et légionnaire. Un régiment sert donc un ou deux matériels majeurs : l’AMX10RC (chars à roue, les premiers ont été déployés à la fin des années 70) et le Véhicule blindé léger pour 2 escadrons dit de reconnaissance.

 Chef de corps, je suis responsable d’instruire et de former mes légionnaires pour l’engagement opérationnel, en opérations extérieures ou sur le territoire national. Pour cela je dispose d’une ressource humaine d’environ 900 hommes. Cette ressource, pour la légion étrangère, est constituée, sauf pour les officiers, de militaires servant à titre étranger : les légionnaires ! Ceux-ci s’engagent initialement pour 5 ans. Après avoir été sectionnés à Aubagne, ils effectuent, pendant les 4 premiers mois, leur formation initiale au 4e RE à Castelnaudary et sont ensuite affectés dans un régiment opérationnel. Autour de moi, vous avez le légionnaire de 1ère classe Bibek, d’origine népalaise (23 ans). Il a 2 ans de service, plusieurs missions Sentinelle. Il  vient d’être formé tireur Milan et sera projeté au Mali d’ici quelques semaines. Vous avez également le maréchal des logis Cleiton, d’origine brésilienne. Lui est sous-officier chef d’engin AMX10RC. Il a un peu plus de 7 ans de service et sera déployé dans 3 semaines en RCI. 100% de mes sous-officiers sont d’anciens légionnaires : tous sont des contractuels. Enfin, vous avez le Lieutenant Dutin, Saint-Cyrien « sur titre » Sciences-Po Toulouse. Il est officier, chef de peloton, et  commande 20 hommes. Il sera prochainement déployé en Côte d’Ivoire. Le Capitaine Marcellin qui commande le 3e Escadron, est un ancien légionnaire. 10% des officiers sont en effet issus du rang et servent donc à titre étranger. Il sera également déployé en République de Côte d’Ivoire.

 

 

 La Légion étrangère, force combattante composée d’étrangers servant sous commandement français est encadrée par un décret de 2008 (relatif aux militaires servant à titre étranger). Elle est commandée par un général, ici présent. Elle a un lien particulier avec le sénat depuis les travaux communs qui ont mené à la parution du décret de 1999 sur la naturalisation « par le sang versé » des militaires servant à titre étranger. Chaque année, le 13 juillet, nous nous retrouvons pour une cérémonie dans les jardins du Luxembourg.

Pour instruire et former mes légionnaires, je dispose de matériels, qui me permettent de m’entraîner au niveau du peloton, soit 20 hommes et des moyens de simulation pour entraîner les postes de commandement et les hommes. Vous pouvez retenir que dans un régiment de cavalerie, je dispose de moins d’1/3 des véhicules correspondants à mes effectifs, une partie des parcs étant déployés ou dans les camps d’entrainement.

Les savoir-faire blindés sont démultipliés quand ils s’inscrivent dans une manœuvre  interarmes, qui vous sera expliqué tout à l’heure, lors de la démonstration dynamique. C’est le niveau de la Brigade qui regroupe les régiments des différentes armes et organise l’entraînement de niveau interarmes. J’appartiens à la 6e BLB stationnée à Nîmes. Ma brigade est l’une des trois brigades de la 3e Division, implantée à Marseille. Cette division Scorpion est au cœur des commandements de l’armée de terre au Contact.

Mon action se situe dans un cycle de 2 ans qui comprend l’acquisition des savoir-faire de mon Arme, l’acquisition des savoir-faire interarmes, le déploiement opérationnel hors métropole, chacun de ces temps étant séparé par des périodes d’opération intérieure (Sentinelle). Vous le verrez tout à l’heure, la technicité de nos savoir-faire, et les enjeux des opérations que nous réalisons imposent une parfaite maîtrise de tous les niveaux, synonyme de temps de préparation opérationnelle, les fameuses JPO.

Au-delà de cet aspect opérationnel, le régiment c’est également une garnison[1] et un rôle dans le développement de l’esprit de Défense de nos concitoyens. Un régiment, c’est aussi une multitude de partenariats interarmées (le 1REC est jumelé avec le BPC Mistral, de la Marine Nationale) ou avec la société civile. A titre d’exemple, mon régiment a signé un partenariat avec le Groupe Michelin dont le directeur, M. Senard est colonel de la réserve citoyenne du régiment. Ce sont aussi des réservistes, issus de la société civile. Ce sont enfin des familles (255 pour les régiments, avec 465 enfants), soumises à notre statut particulier. Là-dessus, j’insisterai sur deux points : la disponibilité, synonyme de fort absentéisme sur des périodes longues (le tempo normal c’est 4 mois) ; l’esprit de sacrifice : la mort, a minima la blessure. Ces deux facteurs justifient l’attention particulière qui doit être porté à notre environnement familial (logement, des aides diverses et de la reconnaissance, ce qui est peut-être le plus important) et au fait que nos familles sont parties intégrantes de notre métier. »

(Colonel Olivier Baudet - Chef de corps du 1er régiment étranger de Cavalerie)

 

A l’issue de cette présentation, le 1REC a participé à la démonstration dynamique de l’emploi du régiment au sein d’un GTIA. Il s’agissait de démontrer que la cavalerie demeure au cœur de la mêlée en offrant au chef de la formation interarmes le recul qui accroît sa marge d’initiative et lui permet de disposer d’une meilleure capacité d’acquisition du renseignement par le feu et/ou la manœuvre. Dans le cadre des opérations d’aujourd’hui, la cavalerie confère à la force une mobilité et une réactivité accrue, une protection plus forte et une puissance de feu importante, grâce à ses feux précis jusqu’à 4000 mètres. S’agissant des évolutions à venir, l’enjeu, pour la cavalerie, est de détenir la capacité de projeter en 2021 un SGTIA AMX10RCR au sein d’un GTIA SCORPION à dominante GRIFFON.

 

 

Quelques éléments de compréhension

 

LA CAVALERIE

Actuellement, l’armée de Terre compte 11 régiments de cavalerie :

 5 régiments Chars LECLERC dont le 5e RC (EAU). Au total 225 XL

 6 régiments AMX 10RC. Au total 248 AMX 10RC.

 

Le régiment de cavalerie se structure de la manière suivante :

 3 escadrons blindés.

 2 escadrons de reconnaissance et d’investigation (ERI)

 1 escadron de commandement et de logistique

 

Le régiment AMX 10RC est équipé de la manière suivante :

36 AMX 10RC, et 110 VBL dont 32 VBL missiles.

 3 escadrons blindés, à 4 pelotons à 3 XL et 3 VBL.

 2 ERI à 4 pelotons, à 4 VBL missiles MILAN et 4 VBL.

 

LA LEGION ETRANGERE

Forte de plus de 8 900 hommes, c’est une force combattante de l’armée de Terre. Elle est également un système d’hommes dont une des particularités réside dans le fait d’être composée par plus de 140 nationalités.

 Les militaires du rang et sous-officiers servent sous contrat, à titre étranger, et sont commandés par des officiers français.

 Cette exception tient à la volonté de la nation de permettre à la légion de recruter, dès le temps de paix et de manière dérogatoire, des étrangers pour porter les armes de la France

 Depuis 2015, la Légion étrangère a largement participé à la remontée en puissance de la FOT en fournissant 1/3 de l'effort national. De manière emblématique, la 13DBLE est passée de 60 à 1300 hommes en 2 ans, et est désormais projetée en opérations.

Constituée d’un état-major et de onze régiments ou unités formant corps, la Légion étrangère participe à l’engagement opérationnel de l’armée de Terre, au sein de la FOT comme des forces de souveraineté.

 Directement subordonnées au général commandant la Légion étrangère, trois unités constituent son commandement, également appelé socle (GRLE, 1er RE, 4e RE).

 Six régiments sont rattachés à des brigades interarmes de la Force Opérationelle Terrestre  (13e DBLE, 2e REI, 1er REG, 1er REC, 2e REG, 2e REP).

 Enfin, deux régiments constituent des éléments terrestres des forces de souveraineté en Guyane et à Mayotte (3e REI, DLEM).

 

 

[1] La garnison du 1REC se déploie sur les communes de Marseille, d’Aubagne, de Cassis et de Carnoux-en-Provence