24-10-2017 | Ref : 582 | 1915 |

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Ville de garnison, terre d’adoption.

La rapport du légionnaire avec sa ville de garnison est toujours fait d'attachement. La cité devient pays pour ces hommes déracinés. Il faut parfois du temps pour que les racines prennent, mais elles prennent toujours...

L'histoire des garnisons liée a celle des régiments

Il y a cinquante ans, le drapeau du 2e REP foulait pour la première fois de son histoire le sol de la métropole, à Calvi, sa garnison dont il partage désormais la vie. Il fut accueilli en 1967 par le maire de la ville, par le commandant du Groupement d’instruction de la Légion étrangère et par les anciens du Bataillon de choc : un symbole riche en émotion et en sens, puisque la famille corse, celle de la Légion et celle des parachutistes, ensemble ouvraient la première page du livre prestigieux que le REP écrit désormais depuis cinquante ans en Corse. L’histoire du REP est étroitement mêlée à celle de sa ville et à celle de la Balagne. C’est la même famille qui avance du même pas, et qui prouve la sagesse et le courage de ceux qui, voilà un demi-siècle, accueillirent avec cœur, détermination et confiance les légionnaires. Leur choix, difficile à l’époque, ne les trompa pas. D’autres anniversaires ont été ou vont être fêtés : en 2016, le 4e Etranger fêtait les 40 ans de l’arrivée des Fortes têtes à Castelnaudary. Il y a 55 ans, le drapeau du 1er Etranger quittait Bel Abbès et arrivait à Aubagne.

Le retour vers la métropole

Les garnisons des régiments de Légion sont jeunes au regard de l’histoire de la Légion. Pendant 130 ans, les légionnaires furent disséminés de par le monde pour le baroud ou pour bâtir. Ils avaient néanmoins leur fief : Bel Abbès, cité qu’ils avaient fondée en gardant le nom de la koubba du marabout qui y était enterré depuis le XVIIIe siècle. Fait rare, puisqu’habituellement, les nouvelles cités construites portaient le nom d’un officier de l’armée d’Afrique. Gite étape en 1840, Bel Abbès accueillit en 1843 un bataillon du 1er Etranger. La décision présidentielle d’y construire une ville fut prise en 1849. Ce fut le général Rollet qui en fit vraiment la maison-mère de la Légion, lors des cérémonies du Centenaire en 1931. A l’indépendance de l’Algérie, les légionnaires, tristes d’abandonner leur ville, organisèrent une veillée d’armes : en rentrant du Tonkin en 1885, le capitaine de Borelli, héros du siège de Tuyen-Quang, avait fait don au musée du grand drapeau de soie pris aux Pavillons noirs durant l’attaque, en spécifiant : « le trophée ne devra jamais quitter Bel Abbès. Si la Légion en part définitivement, il faudra le brûler. » Ce qui fut fait, le soir du 24 octobre 1962, devant 700 légionnaires, qui, lorsque le drapeau cessa de brûler, allumèrent chacun une torche, puis chantèrent le Boudin, « comme pour marquer la volonté de la Légion de se survivre à elle-même », écrira Erwan Bergot. Bel Abbès représentait donc bien plus qu’une simple garnison aux yeux du capitaine de Borelli et de ses légionnaires, dont il écrira « N’ayant à vous ni nom, ni foyer, ni patrie, Rien où mettre l’orgueil de votre sang versé, Humble renoncement, pure chevalerie, C’était dans votre chef que vous l’aviez placé ». En 1931, le général Rollet, Père de la Légion étrangère, plaça cet orgueil dans Bel Abbès, le lieu vénéré de nos aïeux, identifié pour toujours comme ville de la Légion. Aujourd’hui, Aubagne reprend le flambeau, et chaque régiment fait l’effort de suivre sa route dans et avec la cité qui l’accueille.

Suivre sa route, dans et avec la cité qui l’accueille

Lors du 20e anniversaire de l’arrivée du 2e REP à Calvi, M. Xavier Colonna, maire de la ville, concluait son discours en ces termes : « Le temps a fait son œuvre, et dans le bon sens… je voudrais, au nom de la population de Calvi, dire aux légionnaires du 2e REP que si la Légion est leur Patrie, Calvi est maintenant devenu leur pays. »

La chaleur de ces paroles nous fait rappeler que le légionnaire, au départ, est un « déraciné ». La Légion, qui est sa Patrie, lui procure une famille avec laquelle il apprend à combattre et à bâtir, dans le but de partir au baroud ou de construire, quand et là où le devoir l’impose. Cet engagement se fait au service de la France. C’est donc aussi le rôle des officiers de Légion de faire aimer la France aux légionnaires, sans oublier qu’ils sont leur premier contact au quotidien avec la France. Ce travail se poursuit dans la garnison, puis dans la région et dans le pays lors de permissions. Il répond à l’exigence de cette citation d’Eugène Lavisse inscrite dans les manuels d’histoire du temps des Hussards noirs de la République : « Tu dois aimer la France, parce que la nature l'a faite belle, et parce que l'histoire l'a faite grande». La beauté de la France, le légionnaire la perçoit en Corse, en Provence, dans le Lauragais, dans le Midi, dans le Luberon, en Guyane, à Mayotte, en manœuvre, et dans nos grandes villes qu’il découvre à Sentinelle. Quant à l’histoire de France, il sait que la Légion en a modestement écrit quelques pages.

Dans la ville, comme l'un des siens

Homme d’honneur, élu au service de sa cité, et soldat risquant sa vie pour sa Patrie lorsqu’il était Tabor en Indochine avec la Légion, M. Colonna savait qu’il avait fallu du temps pour sceller cette union entre un régiment et sa ville : « Lorsqu’il y a 20 ans Calvi a vu arriver dans ses murs le 2e REP, portant dans les plis de son drapeau l’inscription Honneur et Fidélité, elle a eu un sursaut d’orgueil… Mais la vérité oblige à dire que les circonstances n’étaient pas particulièrement favorables... Voilà, il fallait que le 2e REP ne se contente pas de vivre à côté de la population mais avec elle. Il l’a fait. Il fallait qu’il ait une tenue exemplaire et qu’en dehors de son activité propre il soit aussi, en cas de besoin au service de la population. Il l’a fait aussi et en toutes circonstances. Il fallait également que la ville de Calvi considère le 2e REP comme l’un des siens, l’adopte et le défende contre ses détracteurs. Elle l’a fait, et ce ne fut pas toujours facile. »

Ce devoir mutuel repose sur un respect mutuel. Cette règle, les légionnaires la connaissent bien. Venus volontaires de 150 pays, ils acceptent la discipline consentie et se plient au « ici, c’est comme ça » des règlements et us en vigueur à la Légion étrangère. Leur faculté d’adaptation répond naturellement à ce proverbe corse : « Lorsque tu arrives dans une autre terre, conforme-toi aux usages que tu y trouves. »

Ces règles de bon sens nourrissent la fidélité qui, pas à pas, scelle l’union du soldat et de la cité, pour toujours.

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère

(Képi-blanc Magazine N°803)