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Le chef d'orchestre Louis Frémaux est mort à 95 ans

Louis Frémaux quitta la Légion étrangère après l'Indochine, à la requête du prince Rainier, pour la direction de l’Orchestre national de l’Opéra de Monte-Carlo. Bâtisseur d'orchestre, prédécesseur de Simon Rattle à l’Orchestre symphonique de Birmingham, il a porté la musique française en terre britannique.

Par Marie-Aude Roux - 27.03.2017 à 10h54 | LE MONDE

 

Le chef d’orchestre français, Louis Frémaux, qui présida à la destinée de l’Orchestre de Monte-Carlo, avant de porter la musique française en terre britannique au pupitre de l’Orchestre symphonique de Birmingham, est décédé le 20 mars à l’âge de 95 ans à Avaray, dans le Loir-et-Cher, où il vivait retiré depuis 2005.

Né à Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais) dans une famille d’artistes le 13 août 1921 – son père est peintre, sa mère professeur de musique –, Louis Frémaux fait au conservatoire de Valenciennes des études musicales que la seconde guerre mondiale viendra interrompre. En 1940, il est enrôlé par les forces d’occupation allemandes dans un camp de travail, dont il s’échappe pour rejoindre les réseaux de la Résistance. A la Libération, il s’engage dans la Légion étrangère et part combattre au Vietnam de 1945 à 1947. Il recevra par deux fois la croix de guerre. Revenu en France, Louis Frémaux reprend ses études au conservatoire de Paris dans la classe de direction de Louis Fourestier, où il obtient un premier prix en 1952. Deux ans plus tard, c’est en dirigeant un concert dédié à la mémoire du compositeur et directeur du conservatoire, Claude Delvincourt, récemment disparu dans un accident de la route en Italie, qu’il se fait remarquer par une jeune maison de disques française, Erato. Engagé sous contrat, Louis Frémaux enregistrera des œuvres du baroque français – Campra, Du Mont, Charpentier, Delalande, après le rare Requiem de Gilles, pour lequel il obtient un Grand Prix du disque en 1956.

A la requête du prince Rainier, Louis Frémaux quitte la Légion étrangère (il n’ira pas en Algérie) pour la direction de l’Orchestre national de l’Opéra de Monte-Carlo, fonction qu’il occupe de 1956 à 1965, donnant des concerts au palais royal de Monaco et réalisant plusieurs compilations d’ouvertures d’opéras pour Deutsche Grammophon. Plus tard, pour Columbia, c’est avec la phalange monégasque qu’il gravera, avec Samson François, les deux concertos pour piano de Chopin, après avoir enregistré, à Paris, le Concerto pour la main gauche de Ravel (1964), puis le Concerto pour piano de Grieg (1967), des archives INA disponibles en DVD chez EMI Classics.

Bâtisseur d’orchestre

 

La fin des années 1960 est une période faste pour le chef français qui se voit invité partout en Europe, en Extrême-Orient et en Amérique du Sud. En 1968, il dirige pour la première fois l’Orchestre symphonique de Birmingham, qui lui offre un poste de chef principal à compter de l’année suivante. C’est l’époque où Louis Frémaux devient également, de 1969 à 1971, le premier directeur musical de l’Orchestre philharmonique Rhône-Alpes (le futur Orchestre national de Lyon). Il le façonnera en bâtisseur d’orchestre, comme il l’a fait à Monte-Carlo et le fera à Birmingham de 1969 à 1978, jusqu’à ce qu’un malheureux différend entre la phalange britannique et son manager, Arthur Baker, lequel n’est autre que l’agent de Louis Frémaux, ne mette un terme brutal à la fructueuse collaboration du Français avec les musiciens anglais. Louis Frémaux est alors sur le point d’enregistrer pour EMI le War Requiem de Britten, que seul le compositeur a gravé.

Pour le City of Birmingham Symphony Orchestra (CBSO), l’ère Frémaux marque une glorieuse décennie, notamment pour ce qui concerne la musique française dont le chef d’orchestre, qui travailla en étroite collaboration avec Francis Poulenc et Jacques Ibert plus tôt dans sa carrière, s’est fait prophète en terre étrangère. Elégance, raffinement, précision : Frémaux enregistre avec succès pour EMI une grande partie du répertoire : de Berlioz (Symphonie fantastique, Grande messe des morts) à Fauré (Requiem), de Saint-Saëns (Troisième symphonie avec orgue) à Massenet (Le Cid), de Bizet (Symphonie en ut, Roma) à Poulenc (Gloria, Les Biches) en passant par Dukas (L’Apprenti sorcier), Satie (Gymnopédies), Ibert (Divertissement)... Au point que Simon Rattle, qui succédera à Frémaux en 1980, qualifiera le CBSO de « meilleur orchestre français d’Angleterre ».

 

Des interprétations vivantes et colorées

 

Le musicien révèle cependant des sympathies beaucoup plus larges : il livre au disque des interprétations incroyablement vivantes et colorées de la musique de William Walton, de John Ogdon ou de John McCabe (la Symphonie n°2 et le cycle de mélodies avec orchestre Notturni ed Alba) qui lui vaudra le Prix Koussevitzky. Birmingham doit aussi à Louis Frémaux la création (avec le baryton et chef de chœur Gordon Clinton) du Birmingham Symphony Chorus, l’un des plus beaux chœurs symphoniques actuels du Royaume-Uni. Non content d’avoir assuré, en 1965, la première britannique de la Deuxième symphonie d’Henri Dutilleux avec l’Orchestre symphonique de Bournemouth, il collabore également avec le London Symphony Orchestra, dont témoigne un programme Ravel – Daphnis et Chloé, La Valse, Ma mère l’Oye et le Boléro (1989, Alto et Collins Classics).

Si le nom de Louis Frémaux s’est ensuite attaché à l’Orchestre symphonique de Sydney, en Australie, dont il sera chef principal de 1979 à 1981, puis chef invité (1981-1985), nul doute que la mésaventure britannique aura marqué une rupture dans la carrière du Français. Frémaux ne retrouva jamais le rayonnement international auquel il semblait promis, d’autant que son génial successeur à Birmingham (devenu en 2002 le patron de la prestigieuse Philharmonie de Berlin) éclipsera en grande partie son travail. Il faut espérer que le temps rendra justice à ce musicien de valeur dont la réputation n’a toujours pas atteint la hauteur de son talent.

Louis Frémaux en quelques dates

1921 : naît le 13 août à Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais)

1956 : prend la direction de l’Orchestre national de l’Opéra de Monte Carlo

1969 : devient chef principal du City of Birmingham Symphony Orchestra (CBSO)

1969 : premier directeur musical de l’Orchestre philharmonique Rhône-Alpes (futur Orchestre national de Lyon)

1979 : devient chef principal de l’Orchestre symphonique de Sydney (Australie)

2017 : meurt à 95 ans le 20 mars à Avaray, dans le Loir-et-Cher


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